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mpr
19:29

Reportage sur une agence web one shot (retranscription)

Voici ma retranscription d'un reportage de 2009 sur une agence web vendant à cycle court, comprendre en "one shot".

Il s'agit vraisemblablement de Cortix (Halima HAMZA, Nathalie HAMZA, Hassane HAMZA Soumaly) qui était basée à Mérignac (Gironde). Suite à sa faillite en 2012, elle a été reprise par le groupe Publicis de Maurice Lévy.

Le reportage s'appelle Sites internet : attention aux arnaques !, extrait d'une émission animée par Julien Courbet sur France 2. (L'émission s'appelle Service quelquechose et cet épisode aurait tout autant pu concerner Imnalys, Wisir, Ekinoxe Origin, Star Web Multimédia...)

Narrateur :
Créer un site Internet n'est pas chose facile : de nombreuses sociétés proposent leur services pour le réaliser à votre place.

Mais attention aux arnaques : un simple coup de fil cache parfois de véritables pratiques abusives.

Une femme :
J'ai été appelée un beau soir, un monsieur vachement "speed" qui voulait me vendre un site.

Une deuxième femme :
Dans son discours... le discours du commercial, il est très beau, il nous proposait tout gratuit...

Un  homme, en silhouette :
Le client signe en toute confiance, sans question ni discussion, et le piège se referme, tout simplement.

Narrateur :
Après ce coup de fil en novembre 2007, Sophie [dame n°2] propriétaire d'un petit restaurant dans l'Essonne reçoit la visite d'un responsable marketing.

Ce dernier lui propose une affaire en or : un partenariat en échange d'un site Internet gratuit.

Paul, commercial depuis 20 ans et ancien employé de cette société, a accepté de nous dévoiler de façon anonyme les dessous de cette méthode de vente.

Ancien commercial :
Tout l'entretien de déroule de cette façon, où le client, le prospect, croit qu'un est des responsables marketing qui viennent en amont d'un réseau commercial et qu'on va lui faire vraiment bénéficier d'un site gratuit.

Ce qu'il faut savoir, c'est que toute l'offre est présentée comme un partenariat, partenariat qui permet le site gratuit. Sauf qu'en finalité, le client signe un contrat de vente, tout simplement. Il n'y a aucune question de partenariat au moment de la signature. Donc c'est pas... Le partenariat est une supercherie.

Narrateur :
Grâce à cette technique de vente, Sophie [la restauratrice] est persuadée de faire une bonne affaire. En réalité, elle vient de signer un contrat où elle s'engage à verser à la société 150 euros sur 48 mois. Au final son site internet va lui revenir à 7.000 euros.

Restauratrice :
En fait je n'avais pas réalisé que j'allais payer 4.000 ou 7.200 euros sur 4 ans.

Ancien commercial :
On va rayer tous les coûts, qui représentaient peut-être 15.000 euros de budget, on va rayer les 15.000 euros de budget, et on va dire : "Voilà, il ne reste plus que 150 euros, c'est l'hébergement et ça c'est à votre charge".

[le reportage montre un extrait d'un document :

Descente de prix

Je vais maintenant vous donner les tarifs de vente... [illisible]... surtout, les conditions de mise à disposition que l'on... [illisible]

Configuration technique

  • PC fixe Hewlett-Packard
  • PC portable Hewlett-Packard

- fin de l'extrait de document]

Ancien commercial (suite) :
On ne lui rappelle pas que ces 150 euros par mois, c'est sur 48 mois...

[le reportage présente un autre extrait d'un document de la compagnie :

Appareil photo numérique : 230 €

Installation sur site et formation d'accès : 300 €

Administration et hébergement : [illisible] X€/Mois

Réalisation du site (analyste programmeur, info graphiste) : 2300 €

Le référencement sur notre base de données : 230 €/ an

- fin du deuxième extrait de document]

Ancien commercial (suite) :
D'ailleurs, il n'est jamais fait mention sur le contrat du coût total. On ne dit pas au client : "Bah tiens, 150 euros par mois, ça va vous faire près de 7.000 euros au final, pour la création de votre site Internet."

Narrateur :
Une fois le contrat signé, les mauvaises surprises vont s'enchaîner pour Sophie. Dès la mise en ligne de son site, c'est la déception. Les aberrations son multiples : fausses photos, adresse erronée, même les textes sont inventés.

Restauratrice :
Alors comme erreurs sur le site, il y avait la photo d'un chef qui est un homme, alors que je suis une femme. Ensuite les photos des plats qui sont sur le site, ne sont pas les plats que je propose. Et la société est basée soit-disant à Aix-en-Provence, alors que je suis en région parisienne.

Narrateur :
Emmanuelle [dame n°1] est agricultrice. Elle aussi rêvait d'avoir enfin son site Internet. Il y a un mois un commercial appartenant à cette même société la contacte. Hésitante il lui suggère alors de vérifier sur Internet la renommée de son entreprise. [milieu du documentaire]

Agricultrice :
Alors je suis effectivement allée sur Internet. [rire] J'ai regardé "[biiiip]" et au lieu d'aller voir la société [probablement Cortix à Mérignac], ce que j'ai trouvé en premier, c'était le forum d'arnaques. [probablement http://forum.lesarnaques.com ] Donc je suis allée sur le forum d'arnaque, j'ai regardé ce qui était dit, eh... J'ai pris peur et je me suis dit : "Bah là, il y a peut-être quelque chose à faire pour les victimes."

Narrateur :
Emmanuelle nous a donc alerté. A la suite de son appel, nous décidons de nous rendre chez elle pour filmer en caméra cachée son entretien avec un prétendu "responsable marketing". Le discours n'a pas changé.

Agricultrice [qui joue le jeu] :
Ah bah c'est vachement bien, un site Internet gratuit ! [rires]

Commercial :
Alors moi je vous dirai par rapport à ce que vous faîtes si vous rentrez dans le cadre des partenariats potentiels...

Agricultrice :
Oui...

Commercial :
... et vous de votre côté je vous demanderai de me dire si le partenariat vous intéresse.

Agricultrice :
Ouais. [Elle acquiesce.]
 
Commercial :
Ça c'est le... Je peux avoir une réponse ferme de votre part à la fin ? [ellipse visible au montage] On arrête de dire oui ou non, quoi, parce que...

Agricultrice :
Oui d'accord okay. Oui oui.

Commercial :
... en gros je ne reviendrai pas après, ce sera des commerciaux qui passeront...

Agricultrice :
Ouais d'accord.

Commercial :
... Vous voyez ce que je veux dire.  

Agricultrice :
Ca fait plusieurs fois que vous l'utilisez ce mot "partenaire". Donc je me dis : "Si il préfère utiliser le mot partenaire plutôt que client, je me dis qu'il y a... [inaudible] voilà il y a une différence".

Commercial :
Ouais, le client paye beaucoup plus cher.

Narrateur :
Notre commercial repenti a visualisé cette séquence et nous dévoile l'envers du décor.

Ancien commercial :
Au final le client va signer un document... ça ne sera jamais marqué "partenariat" dessus.

Agricultrice [durant le rendez-vous de vente] :
Il est à qui le site à la fin ?

Commercial :
A la fin, le site il est à vous, c'est votre site Internet.

Ancien commercial [qui décrypte le rendez-vous de vente] :
Et le site en fait, dans les conditions, c'est... la société reste propriétaire du site. Le site ne vous appartient jamais. En plus ! En plus que le site est très cher, pour ce prix-là il n'est même pas à vous.     

Narrateur :
Après deux heures d'entretien arrive le moment fatidique de la signature du contrat. Mais la notion de partenariat n'est toujours pas très claire.

Agricultrice [qui lit le contrat] :
Euh, je ne vois rien sur le partenariat là-dedans.

Commercial :
Parce que vous bénéficiez d'une... [inaudible] Si vous signez ces conditions-là, c'est que c'est ces conditions-là.

Nous on appelle ça un partenariat... comment dire, le... On n'est pas obligé de marquer que c'est un partenariat.
 C'est pas obligé de le mettre... Je ne suis pas obligé de le mettre... c'est pas sur les contrats, c'est pas sur les documents.

Agricultrice :
Bah !...

Commercial :
Vous êtes méfiante là... !

Agricultrice ou une personne également attablée, hors-champ :
Pourquoi c'est pas écrit ?

Commercial :
Pourquoi c'est pas écrit j'en sais rien, je, enfin je...

Agricultrice :
Ah bah...

Commercial :
C'est c'est... Pff c'est... Ben écoutez, si vous ne voulez pas...

[gros plan sur l'enseigne d'un commissariat de Police]

Narrateur :
Aujourd'hui pas moins de 200 plaintes auraient été déposé au Tribunal de Grande Instance.

Alors avant de signez quoi que ce soit, n'oubliez pas d'étudier à la loupe votre contrat.

Fin de la retranscription par Mathias Poujol-Rost. Vidéo-source que vous pouvez télécharger via cet applisgnet.

Lien permanent vers ce document : http://mpr.soup.io/post/295770456 .

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